Un casque à conduction osseuse : pourquoi, et pour qui ?

Publié le 2025-12-26 par DarkChyper

Pour Noël 2024, je me suis fait offrir un casque à conduction osseuse de la marque Shokz. Cela faisait des années que l’idée me trottait dans la tête. Je passe la majeure partie de mon temps avec un casque ou des écouteurs sur les oreilles : j’adore la musique et les podcasts tech. Mais, avec le temps, j’ai commencé à m’inquiéter un peu pour mes tympans et mon oreille interne.

J’ai longtemps repoussé cet achat, par crainte d’une qualité sonore médiocre, surtout en écoutant régulièrement du « gros son » comme le métal et ses dérivés. La conduction osseuse me paraissait encore assez abstraite, presque expérimentale, et j’avais du mal à imaginer un rendu à la hauteur de mes habitudes d’écoute.

C’est finalement en faisant le bilan d’une année complète en télétravail que j’ai ressenti le besoin de franchir le pas. L’avis d’une collègue, qui utilise exclusivement ce type de casque pour le sport, m'a confirmé l'envie de l'avoir sous le sapin. Curiosité, confort et préservation de l’audition ont fini par l’emporter.

Bilan de 1 an de télétravail

Cet article n'est pas sponsorisé, il s'agit d'un produit que mes parents m'ont offert à Noël. Ce n'est qu'un retour d'expérience et pas un test en tant que tel. Les propos tenus ne sont le reflet que de ma propre expérience avec le produit.

À l’origine, cette idée de retour après un an d’utilisation devait donner lieu à un article écrit au fil du temps : une année pour tester l’appareil et me documenter sur ses technologies. Dans les faits, cela ne s’est pas vraiment passé comme prévu. J’ai bien pris quelques notes de manière régulière, ainsi que des photos en situation pour illustrer mes propos, mais cette capsule est finalement restée une page blanche presque jusqu’au moment de sa publication.

Mon objectif reste le même : proposer un avis personnel, celui d’un utilisateur exigeant. Si j’ai longtemps repoussé l’achat de ce casque (que je n'ai pas acheté donc :) ), c’est avant tout parce que la technologie me semblait très éloignée de ce que je connaissais. Aujourd’hui, il existe des casques à conduction osseuse très abordables (aux alentours de 30 euros), mais quitte à franchir le pas, je voulais tester ce qui se faisait de mieux, niveau qualité sonore, dans le genre.

Autant on sait tous ce que cela fait de porter un casque ou des écouteurs, autant la conduction osseuse reste, à mon sens, beaucoup moins répandue. Une recherche rapide sur Google renvoie essentiellement des articles de marque qui, forcément, vantent les qualités de leurs produits. J’avais donc envie d’apporter un point de vue différent sur le sujet et de répondre aux questions que je me posais avant de me lancer : gêne à long terme, maux de tête, fatigue liée aux vibrations lors de longues sessions d’écoute...


Conduction osseuse ?

Wikipédia présente l’ostéophonie (ou conduction osseuse) comme le phénomène de propagation du son jusqu’à l’oreille interne par les os du crâne. C’est notamment ce mécanisme qui nous fait percevoir notre propre voix comme plus grave lorsque nous parlons, comparé à l’écoute de son enregistrement.

À l’origine, la conduction osseuse n’avait rien de grand public. Elle a longtemps été utilisée dans le domaine médical, notamment dans certains appareils auditifs, pour contourner des problèmes liés à l’oreille externe ou moyenne. Ces usages ont surtout permis de démontrer qu’il était possible d’entendre sans passer par le chemin “classique” du conduit auditif, une idée qui a progressivement fait son chemin hors du cadre strictement thérapeutique.

Cette particularité est aujourd’hui exploitée par certains casques audio qui transmettent le son par vibrations osseuses, en laissant le conduit auditif totalement libre. L’utilisateur peut ainsi écouter de la musique ou des podcasts tout en restant attentif aux sons de son environnement, une approche particulièrement appréciée pour les usages sportifs ou en mobilité.

Attention cependant, cette technologie n’a rien de miraculeuse. Les basses sont très peu, voire pas du tout, perceptibles par ce procédé, et les aigus sont tronqués, ce qui limite forcément la qualité d’écoute musicale. Pour les personnes de ma génération (voire plus anciennes) cela peut donner l’impression d’écouter de la musique à travers un téléphone fixe à l'ancienne, avec la bonne vielle balise RC qui faisait sauter l'ADSL. Les améliorations audibles se situent principalement dans les aigus, qui ne sont plus brutalement coupés à 3,4 kHz. Shokz annonce une réponse pouvant monter jusqu’à 15 kHz ; à l’oreille, je dirais plutôt qu’on se situe autour des 10 kHz. On évite également les effets de craquements et de saturation caractéristiques des anciennes lignes téléphoniques, ce qui rend l’écoute nettement plus agréable malgré les limites inhérentes à la technologie.

L'Ostéophonie sur wikipedia

Article de soundcore sur la conduction osseuse et ses "risques"


Présentation du openrun pro 2

L'openrun pro 2 est-il un casque à conduction osseuse ? Oui, mais pas uniquement.

On retrouve bien la technologie de conduction osseuse, commune à la majorité des produits de la marque Shokz, mais elle est ici complétée par de petits haut-parleurs directionnels chargés d’envoyer une partie du son vers le conduit auditif, mais sans l'obstrué.

La marque présente ainsi l’OpenRun Pro 2 :

Découvrez l'OpenRun Pro 2, le tout nouveau casque à conduction osseuse Shokz qui se démarque d’une qualité sonore redéfinie pour l’écoute à oreilles libres avec notre nouvelle technologie Shokz DualPitch™. Cette technologie repose sur un duo parfait entre un haut-parleur à conduction osseuse et un haut-parleur à conduction aérienne.

Ces haut-parleurs « hybrides » sont justement mis en avant comme la réponse aux principales limites de la conduction osseuse, et notamment au manque de basses.

Concrètement, cette approche hybride vise à répartir intelligemment le spectre sonore. La conduction osseuse continue d’assurer la transmission des médiums et une partie des aigus, tandis que la conduction aérienne vient renforcer les fréquences basses et donner plus de corps à l’ensemble. Sur le papier, l’idée est séduisante.

Sur le plan physique, l’OpenRun Pro 2 reprend le design caractéristique de la gamme Shokz. Le casque se pose sur les pommettes, avec un arceau rigide mais flexible qui contourne l’arrière de la tête. L’ensemble est léger, bien équilibré, qui est sesnsé se faire oublier. Aucun contact avec le conduit auditif, aucune pression sur les oreilles : le confort est clairement l’un des points forts du produit, surtout lors d’une utilisation prolongée.

Côté usages, ce positionnement hybride le destine naturellement à une écoute en mouvement, pour l'activité sportive extérieur selon la marque.

La page de l'openrun 2 pro sur le site de Shokz


Mon expérience

L’unboxing de l’appareil est rapide. Dans la boîte, on trouve le boîtier de transport, qui contient lui-même le casque, ainsi qu’un câble USB-A / USB-C. C’est tout. Simple, mais efficace. Et oui, la recharge se fait désormais en USB-C directement sur l’appareil, ce qui change du connecteur propriétaire des anciennes générations. Le point positif de ce choix s’arrête cependant là, puisqu’il n’est pas possible de recharger le casque pendant l’écoute. Je ne sais pas s’il s’agit d’un choix délibéré ou d’une contrainte technique, mais je peux comprendre l’idée d’éviter de porter des batteries en charge aussi près de la tête...

Le coffret de transport contenant l'OpenRun pro 2 et le cordon d'alimentation usb-a/usb-c

Le casque en lui-même est vraiment très léger et donne une bonne impression de solidité. Je n’ai eu aucune difficulté à le positionner correctement « sur les oreilles » lors de la première utilisation. Il est très agréable à porter et, une fois en place, il ne bouge absolument pas, sans pour autant exercer de pression au niveau des pommettes. J’ai en revanche mis un peu plus de temps à apprivoiser les différents boutons, mais simplement le temps d’en assimiler le fonctionnement.

En parlant des boutons… désolé pour les bip-phobes qui me lisent. Chaque action, appui court ou long, allumage, appairage, réglage du volume, déclenche un signal sonore, voire une petite annonce vocale. Malheureusement, il n’est pas possible de les désactiver complètement. On peut toutefois en régler le volume sur trois niveaux distincts. Ce paramétrage se fait uniquement via l’application Shokz, dans un menu assez bien caché : Réglages > Paramètres des invites. Un intitulé peu explicite, qui regroupe à la fois le choix de la langue (anglais ou chinois/coréen/japonais) et le volume de ces fameuses notifications.

Sinon c'est vraiment surprenant d'entendre aussi clairement voix et musique. Je pense que les hauts parleurs (qui ne semblent pas desactivables) jouent un rôle majeur dans cette qualité sonore.

Cela fait donc un an que j'utilise ce casque, voici mon avis quant à son utilisation dans certains cas concrets.


Le sport en extérieur

Réponse courte : oui... mais.

Réponse longue : le casque fait exactement ce que l’on attend de lui. Il permet de pratiquer une activité sportive en extérieur (de la marche, pour ma part) tout en restant attentif à ce qui se passe autour de soi. En pleine nature, c’est tout simplement parfait : un son très correct, sans masquer le chant des oiseaux ni le bruissement des feuilles dans le vent. À tel point que, sauf lorsque je cherche à me motiver en calant mon rythme sur la musique, je me surprends régulièrement à baisser le volume pour améliorer l’équilibre entre musique et sons naturels.

Évidemment, dès qu’un engin motorisé passe à proximité (camions en tête) le bruit ambiant prend le dessus sur la musique. C’est un compromis que je trouve parfaitement acceptable, puisque l’objectif premier reste de rester à l’écoute de son environnement.

Si vous pratiquez votre sport exclusivement en milieu urbain, l’expérience est forcément moins agréable. En circulation « normale », ça passe. Dès qu’il y a des travaux, beaucoup de camions ou un trafic dense, beaucoup moins.

J’ai testé ce casque dans différentes conditions climatiques et je n’ai rencontré aucun problème particulier à ce niveau. Je porte très régulièrement des lunettes de soleil, pratiquement par tous les temps ; une des “conséquences” de mon opération de la myopie au laser. Le port du casque avec des lunettes, mais aussi avec un bonnet ou une casquette, fonctionne parfaitement. J’aurais même tendance à dire que les basses sont légèrement renforcées lorsque le conduit auditif est partiellement obstrué, par un bandeau par exemple.

Bandeau + lunettes + casque => validé

Casquette + lunettes + casques pour aller chercher le pain => validé

Lors de mes recherches, je suis tombé sur une vidéo de Frandroid qui illustre très bien ces points. Je trouve sa conclusion un peu trop négative par rapport à mon expérience, même si le testeur n’utilisait pas la version 2 du casque. Si votre session comprend une courte portion en ville (15 minutes par exemple) avant de rejoindre des zones plus calmes, mon avis personnel est que le choix d’un casque à conduction osseuse reste pertinent. Je trouve même étonnant de renvoyer vers un casque à réduction active du bruit pour l'utiliser dns la circulation, je trouve que c'est une recommandation dangeureuse.

Pourquoi (ne pas) choisir la CONDUCTION OSSEUSE ? - Test des Shokz OpenRun Pro


Dans les transports en commun

Réponse courte : non.

Réponse longue : le casque n’est absolument pas conçu pour isoler des bruits extérieurs importants. Je ne recommande clairement pas son utilisation dans les transports en commun.

Je ne renverrai pas forcément vers des casques à réduction active de bruit, qui impliquent souvent une pression sonore plus élevée, mais plutôt vers des casques circum-auraux offrant une bonne isolation passive. Pour ce type d’environnement, c’est bien plus adapté.


Pour conduire ou faire du vélo

Réponse courte : non.

Réponse longue : Non, tout simplement parce que c’est interdit par le Code de la route en France. Le port d’un dispositif émettant du son à l’oreille est prohibé, que ce soit en voiture, à moto ou à vélo.

Quelques références pour étayer ce point :

Article R412-6-1 - Code de la route

Rejet par le conseil d'état, en 2017, de la demande du fabricant Shokz visant à exclure la conduction osseuse de cette interdiction

Article de la sécurité routière

Au départ, j’avoue avoir été surpris que ce type de casque ne soit pas au moins toléré. Après tout, le conduit auditif reste libre et l’on perçoit clairement les sons de l’environnement. Mais après avoir expérimenté l’écoute au bureau ou à la maison, entouré de personnes qui me parlent, j’ai fini par comprendre cette position.

On entend, c’est vrai... mais on n’est pas pleinement attentif. Les sons arrivent, mais l’attention est ailleurs. Écouter de la musique ou un podcast mobilise une partie de la concentration, ce qui rend plus difficile le suivi d’une discussion ou une vigilance réelle vis-à-vis de ce qui se passe autour de soi. On entend mieux les danges quand on est piéton, mais pas autrement. De ce point de vue, la technologie du casque ne change finalement pas grand-chose.


Pour faire le ménage, le bricolage

Réponse court : oui.

Réponse longue : cet été, j’ai découvert le podcast audio Tronche de Tech (également disponible sur YouTube). J’ai ainsi enchaîné les cinquante premiers épisodes en bricolant dans mon cabanon ou en faisant le ménage à la maison, mais aussi pendant mes courses (hors trajet, donc).

Le cabanon

"Tronche de Tech" sur podcast addict

Pour toutes les tâches ménagères à la maison, c’est un usage où le casque excelle. La qualité sonore, clairement non hi-fi, est largement compensée par la légèreté de l’appareil, au point qu’on finit par l’oublier. Si vous restez statique dans une pièce équipée d’une chaîne hi-fi ou d’enceintes, celles-ci resteront évidemment plus agréables. En revanche, dès que l’on se déplace de pièce en pièce, le casque devient très pratique. Seule exception notable : passer l’aspirateur... là, ça ne fonctionne clairement pas. :)

Pour le bricolage, dans le jardin en ce qui me concerne, c’est aussi très appréciable. Cela évite d’imposer ses podcasts ou sa musique à tout le voisinage, surtout quand le contenu ne les intéresse pas forcément. En revanche, je ne saurais trop recommander de ne pas négliger les EPI (équipements de protection individuelle) lors de l’utilisation de machines bruyantes ou dangereuses, et de couper le son lorsque la concentration doit être maximale.

Enfin, pendant les courses, l’effet est assez surprenant. Le bruit des caddies, la musique d’ambiance et les annonces en fond deviennent suffisamment lointains pour rendre l’expérience un peu moins pénible. Oui, je n’aime pas faire les courses… ça se voit tant que ça ? :)


Pour les visios et les appareils

Réponse courte : oui et non.

Réponse longue : sous macOS (et très probablement sous Windows) je n’ai rencontré aucun problème de codec ou de compatibilité. Le son est très correct, aussi bien pour l’écoute de musique que pour les visioconférences, et le micro fait parfaitement le travail.

En revanche, j’ai rencontré quelques difficultés sous Ubuntu. La configuration audio y était scindée selon le type d’appareil : soit je définissais le casque comme périphérique audio, avec alors un excellent rendu sonore mais sans micro fonctionnel ; soit je le déclarais comme micro-casque, auquel cas le micro était bien pris en compte, mais avec un son nettement plus métallique et dégradé. Un comportement assez surprenant, d’autant plus que la marque propose pourtant une gamme explicitement orientée vers les usages professionnels.

Si le format de cette section vous rappelle quelque chose, c'est que vous avez lu l'article de Flozz sur les VPN, sinon allez le lire.

Article de Flozz sur les cest-quoi-un-vpn-et-en-avez-vous-vraiment-besoin


L'application Shokz

Ce n’est pas une nouveauté : chaque appareil moderne arrive désormais avec son application dédiée. C’est souvent agaçant, mais pour une fois, celle-ci n’est pas totalement inutile. Dans ce cas précis, elle permet notamment de lier son casque à un compte Shokz (ce qui reste heureusement optionnel), mais surtout de gérer les mises à jour du micrologiciel — un point qui s’est avéré très pratique à l’usage.

Aperçu de l'application

L’application permet également de configurer l’égaliseur ainsi que quelques options supplémentaires du casque. C’est aussi ici que l’on peut activer ou désactiver le Bluetooth multipoint. Et c’est probablement là que se situe mon principal reproche : devoir passer par une application pour gérer cette fonctionnalité alors que d’autres casques la proposent activée par défaut.

D’ailleurs, en début d’année, le multipoint était tout simplement inutilisable. Avec deux sources connectées simultanément, l’une prenait systématiquement le pas sur l’autre, même sans action de ma part. Pour l’anecdote, en rentrant d’une marche, mon casque s’est reconnecté tout seul au PC du bureau, situé à l’étage, et a coupé la musique que j’écoutais sur mon téléphone. La portée Bluetooth est excellente… parfois un peu trop. Heureusement, plusieurs mises à jour ont corrigé ce comportement, et le problème ne s’est plus reproduit depuis.


Conclusion

J’ai utilisé ce casque de manière quasi quotidienne pendant les neuf premiers mois de l’année. Pour écouter des podcast ou de la musique en provenance des plateformes en lignes comme Youtube music ou Deezer, cela fonctionne très bien. Pour d'autres supports plus qualitatifs je repasse sans hésiter sur un casque plus classique.

Son usage a naturellement diminué à partir du moment où j’ai repris les transports en commun. En dehors de cela, je n’ai constaté ni gêne particulière ni fatigue notable liée à la conduction osseuse, en tout cas pas davantage qu’avec un casque plus classique.

Je reste quand même curieux de tester un casque 100 % à conduction osseuse, histoire de voir ce que ça donne à l’usage et de comparer.

Côté autonomie, rien à redire : la batterie tient largement la journée. C’est parfait pour mon usage à la maison, entre télétravail et activité sportive. Le seul vrai bémol reste l’absence d’extinction automatique tant que le Bluetooth est actif. Le casque reste alors en veille, même sans rien diffuser. Un détail, mais que la marque pourrait clairement améliorer avec une mise à jour.

Bref, je suis clairement conquis par ce type de casque (hybride, donc). Et si vous hésitez à sauter le pas, je ne peux que vous encourager à essayer.


Pour aller plus loin, Shokz met à disposition les notices et certifications de ses appareils à l’adresse suivante :

lien pour télécharger les notices et les certifications des appareils Shokz


TL;DR

Les points positifs :

Les points négatifs :