DevLille 2026
Publié le 2026-06-19 par DarkChyper
Le DevLille (anciennement Devfest Lille) a lieu tous les ans à Lille, et plus particulièrement au Grand Palais depuis quelques éditions. J'essaye de m'y rendre chaque année pour profiter de la bonne ambiance, des conférences de qualité et, également, revoir d'anciens collègues.
Certaines années le réseautage et les jeux concours sur les stands prennent une place importante dans mon programme, cette année j'ai surtout pris des notes pendant les conférences et essayé d'échanger avec les speakers ou leurs collègues sur les stands pour en savoir plus.
Voici mon retour d'expérience pour cette cuvée 2026.
Jeudi 11 juin 2026
Keynote d'ouverture
Cette première journée a débuté avec une keynote, animée par Fréderic Leguédois, coach agile, manager de transition, coach craft. Une conférence bien drôle, même si certains devaient rire un peu jaune, pour nous faire l'"éloge de la simplicité".
Bien qu'un peu caricaturale, j'ai bien aimé sa vision de ce qu'a pu devenir l'agilité dans nos métiers, nos projets, nos organisations. Partant de cette simple question : "quel logiciel détestez-vous ?" ; spoiler : un logiciel professionnel, forcément, puisque par facilité d'uniformisation, tout le monde doit avoir ce même logiciel au sein de votre organisation, même s'il n'est pas adéquat ; il détricote tous les outils et concepts mal utilisés dans les projets, à commencer par les roadmaps des logiciels.
"Qui regarde ces roadmaps à titre d'utilisateur ? Personne. Ce qui compte, pour un utilisateur, c'est le produit, maintenant."
À l'origine, l'agilité devait rimer avec facilité, les développeurs très proches des retours des utilisateurs, mais en réalité, on y a ajouté des processus lourds.
"Les conflits de priorisations se dissolvent grâce aux échanges avec les utilisateurs".
J'ai également bien aimé sa caricature du ROI : Prenez une estimation des gains potentiels fantaisistes, divisez cela par des estimations de coûts fantasques, et vous obtenez une estimation de retour sur investissement farfelue.
Le profil de Frédéric sur LinkedIn
Codelabs : Créez votre premier microservice en Rust
Il y a quelque temps, je me demandais si je n'allais pas essayer de monter en compétences sur un langage "back" de plus bas niveau (que PHP), comme Rust ou Go. Finalement, le choix s'est imposé de lui-même vu que le projet que j'ai rejoint en septembre dernier est en partie développé en Go. Reste que j'avais toujours envie d'essayer un petit peu Rust, ne serait-ce que par curiosité.
C'est dans ce sens que j'ai participé à ce codelab, animé par Youssef Nait Belkacem et Jean-Eudes Couignoux. Il est difficile d'être exhaustif lors d'une découverte de deux heures, mais les animateurs ont été très pédagogues et ont permis de balayer les premiers aspects importants du langage.
Le but de ces deux heures, en plus de voir les bases du langage et d'avoir réalisé un début de code autour de Super Mario, était de développer un microservice en DDD. Je ne reviendrai pas trop sur cette partie en DDD, nous n'avons eu que peu de temps à y consacrer.
Par contre, j'ai repris le code "Super Mario" pour en faire un programme complet, documenté avec les principes de base du langage :
Franchement, de ce que j'en ai vu, j'aime bien ce langage. Il est moins verbeux que Go et semble plus robuste. La courbe d'apprentissage semble plus rude que celle de Go, mais le compilateur aide vraiment beaucoup et la documentation est bien faite. Et puis, cette difficulté à l'apprentissage est surtout vraie pour la rapidité avec laquelle on code en Rust au début. Par contre, on s'y retrouve à la fin avec un temps de débogage bien plus réduit.
Héberge tout toi-même pour moins de 10 €/mois avec Coolify
Florian Lemaire nous a présenté son parcours d'utilisateur avec Coolify en auto-hébergement, d'abord depuis chez lui sur un Raspberry Pi, puis, suite à des déboires avec sa connexion fibre, depuis un VPS.
Coolify est l'alternative open source à Heroku.
Ce que j'ai retenu de cette conférence, c'est que ce genre d'outils s'adresse à ceux qui veulent auto-héberger leurs applications reposant principalement sur Docker (je caricature sûrement, ou je n'ai pas bien compris le principe finalement). Depuis un tableau de bord, on peut gérer les accès web à ces services avec la génération automatique de certificats SSL (qui est un abus de langage, puisque ce sont des certificats TLS aujourd'hui, bref).
J'ai également bien noté que ce genre d'outil miracle s'accompagne d'un besoin en puissance et en espace de stockage important : 2 vCPU, 2 Go de RAM et 30 Go d'espace disque libre. Je trouve cela excessif pour mes besoins en auto-hébergement. Je ne suis peut-être pas la cible de ce genre de produit, et je ne suis pas du tout d'accord avec Florian qui se définit comme « développeur, donc l'ops ça ne m'intéresse pas ». Je ne vois pas en quoi il est plus compliqué de gérer ses certificats avec Let's Encrypt en ligne de commande. Aujourd'hui, tout le monde fait de la ligne de commande avec Claude Code, alors pourquoi pas dans un terminal Linux pour gérer ses certificats TLS ?
J'ai hâte de voir les vidéos des conférences auxquelles je n'ai pas eu la chance d'assister, car pendant ce talk, il y avait également "Le bug n'est pas dans le code ! J'ai enfin compris pourquoi 50 % des femmes quittent la tech avant 35 ans" par Vanessa Chodaton.
Le vibe coding est mort, vive le spec coding
Le code n'est plus la vérité, la spec le devient.
L'idée qui se cache derrière cette présentation d'Aurélien Allienne est d'utiliser des agents IA pour générer la documentation du projet. Et on ne parle pas ici de la documentation d'utilisation, mais bien des documents qui serviront de base à la structuration du projet (spec.md, constitution.md, design.md, claude.md). Ces fichiers seront ensuite lus par d'autres agents et feront ainsi office de garde-fous face au vibe coding à tout va.
J'ai trouvé cette approche assez intéressante. Elle reprend le principe de réfléchir au projet avant de passer au développement, en s'aidant simplement de l'IA pour mettre en forme ces documents structurants. Ici, il n'est pas question de faire aveuglément confiance aux machines : il reste indispensable que l'humain relise et intervienne tout au long de la durée de vie de ces documents.
IA11Y : L’accessibilité à l’ère de l’IA
Dans le monde, une personne sur six vit avec un handicap, visible ou non. D'après la présentation de Pierre Leclaire, 55 % des travailleurs en situation de handicap utilisent l'IA, contre seulement 39 % de ceux sans handicap. Toujours d'après ce talk, l'IA est assez plébiscitée par les personnes non ou malvoyantes. En revanche, la vérification des résultats reste assez coûteuse en temps et en moyens, et les IA présentent des biais de validisme. Même si les technologies gravitant autour de l'IA sont très utiles aux personnes en situation de handicap, l'accessibilité des chatbots en elle-même reste très perfectible.
Cela n'est pas très étonnant, étant donné que ces modèles de langage se basent sur ce qu'ils ont appris via le web. Ils reproduisent donc les mauvaises pratiques d'accessibilité et les biais que l'on rencontre déjà partout ailleurs.
Au même moment, il y avait la conférence de Chloé Masse "De pionnières à invisibles : où sont passées les femmes dans l'informatique ?". Je l'évoque ici car c'est un talk que j'aurais également aimé suivre. Je mettrai le lien vers le replay dès qu'il sera disponible.
Vendredi 12 juin 2026
Je remercie particulièrement la SNCF pour sa ponctualité à avoir des soucis sur les lignes de TER chaque vendredi. J'ai ainsi loupé le talk de Jonathan Meunier et Julien Gaudet intitulé « Concevons-nous toujours des applications pour les humains ? », qui me paraissait pourtant très intéressant. Hâte de voir le replay !
Notre IA et nous contre le legacy : REX d'une reprise de contrôle assistée
Un retour d'expérience proposé par deux personnes de chez Shodo. Benjamin Lacroix, "l'enthousiaste", et Jordan Nourry, "le prudent", nous expliquent comment ils ont utilisé l'IA pour créer un processus efficace de refonte de code legacy.
Ce sujet fait totalement écho à celui de la veille sur le spec coding, car on pousse ici le concept à fond. L'idée est de partir d'un projet legacy, avec peu ou pas de documentation structurante, en déléguant le travail à une chaîne d'agents spécialisés :
- L'agent de "discovery fonctionnelle" : Ses principes reposent sur la stratégie DDD (Domain-Driven Design), un langage ubiquitaire et les parcours utilisateurs (user journeys). Son but est de créer, sous supervision humaine, tous les fichiers de structure du projet, et de fixer les principes, les fondamentaux ainsi que les règles fonctionnelles de l'application à réécrire. Le résultat prend la forme de fichiers lisibles par des humains et utilisables par d'autres agents, servant de base obligatoire à la transformation.
- L'agent de "discovery technique" : Ils lui passent ensuite la main pour créer des documents contenant les règles d'architecture du projet. Il va chercher en profondeur les adhérences des technos utilisées et les contraintes (SSR...), comparer le vocabulaire métier utilisé côté front à celui du back, et vérifier la cohérence entre les deux mondes : est-ce qu'un "like" en front ne devient pas une "subscription" en base de données ?
- L'agent "pixel perfect" : Utilisé pour poursuivre la transformation, il s'auto-corrige d'itération en itération en comparant visuellement les pages de l'application avant et après la migration.
Leur bilan est que les agents sont très bons pour réaliser ces premières tâches de découverte. Néanmoins, l'humain reste nécessaire pour aiguiller l'IA sur les intentions de migration et vers les fonctionnalités complexes, car les agents ont tendance à vouloir s'attaquer aux fonctionnalités "simples" en priorité, comme l'authentification des utilisateurs.
C'est avec l'agent de migration visuelle que l'on comprend tout l'objectif de l'"AI harness" : utiliser une boucle de validation stricte pour ramener de la prédictibilité dans un contexte non déterministe.
Cette approche semble très prometteuse et permet a priori de gagner du temps et de l'efficacité dans la migration d'applications legacy. Cependant, ils ont avoué avoir "cramé beaucoup de tokens" pour réaliser cela, et ils réfléchissent à des solutions de cache et d'amélioration du Harness pour limiter les dépenses lors des itérations.
ADR : de la documentation bureaucratique à la décision éclairante
Ce concept et cette présentation méritent de prendre le temps d'écrire un article exhaustif et documenté. Pour ne pas rendre celui-ci trop indigeste, je déplace cette section dans un article à part.
ADR : de la documentation bureaucratique à la décision éclairante
Et pour les plus flemmards, voici mon TLDR sur le sujet : les ADR c'est bien, mangez-en.
[hors contexte] C'est ici que le fait d'avoir un système de génération de pages statiques devient très puissant, je peux faire des liens entre les articles avant même de les avoir totalement rédigés. L'idéal serait d'avoir une balise "magique" comme "blog://le-titre-de-mon-article" dans la source de mon article et le générateur transformerait cela en https://ulrdublog.me/le-titre-de-mon-article et gemini://ulrdublog.me/le-titre-de-mon-article. Concept que j'ai en tête depuis longtemps mais ce n'est pas le sujet.
Qu'est-ce que OID4VP : le protocole derrière les portefeuilles numériques européens
Ce concept est également suffisamment dense pour avoir son propre article sur ce blog. Voici donc le lien du second article enfant :
OID4VP : le protocole derrière les portefeuilles numériques européens
Et pour les plus flemmards, voici mon TLDR sur le sujet : l'OID4V c'est bien, mangez-en.
Bilan
Encore une édition vraiment très agréable cette année, avec des conférences de haut niveau, des speakers accessibles et des partenaires qui ont bien joué le jeu sur les stands.
C'était intéressant d'avoir un jeu concours sous forme de chasse au trésor (des QRCode) avec des questions qui te poussent un peu à discuter avec les équipes partenaires du fest dans leur stand.
Par contre on sent que la conjoncture n'est plus la même. C'est un peu la crise dans le secteur, il y avait moins de stands dans le hall exposants, j'ai également eu l'impression qu'il y avait moins de monde tout court.
J'espère que cette édition ne sera pas la dernière, je trouve que c'est très important d'avoir des rendez-vous annuels pour discuter avec des personnes dans des projets et des fonctionnements différents.
Emmanuel Demey, co-fondateur de l'évènement, a annoncé sur sa page LinkedIn que cette année sera sa dernière. Il quitte l'organisation après 10 années intenses. Merci d'avoir créé cet évènement et bonne continuation à toi !
Je remercie également mon entreprise, KaraFun, de m'avoir permis d'assister à cet évènement, tous frais payés et pendant mon temps de travail. :)
